Récit client

UNE HISTOIRE PHOTO

par David Perriard

(entre réalité et fiction)

Un texte écrit par un client pour MicroPhoto, publié ici dans son intégralité.

Un café et un croissant fraîchement ingurgités, le journal ouvert devant moi, je regarde l’heure. Il est 9h45. Nous sommes un mardi d’août, il commence déjà à faire chaud. Je me badigeonne de crème solaire. De la 50+. Soyons conséquents.

Je quitte le Floridita, l’un de mes bistrots préférés de la place, ceci notamment pour son architecture d’intérieur. J’en apprécie le plafond bas, les meubles design et les appliques en métal courbé.

Longeant la Rue du Seyon, je passe devant la vitrine d’un Denner fraîchement ouvert, en lieu et place des Gourmets, une épicerie fine renommée dans le tout Neuchâtel. Je me souviens y avoir acheté un peu de foie gras, pour un Nouvel An fêté entre amis, il y a quelques années. Je me souviens des fromages, des pains, des salamis. Tous produits de qualité. On ne peut pas en dire de même du Denner actuel. De ses produits standardisés et produits à la chaîne.

Il est 10h00, j’arrive à destination. Je pousse la porte d’un geste un peu brusque, fais attention de ne pas trébucher sur les escaliers.

«Bonjour Sanela !»

Sanela est la gérante des lieux. Une enseigne fraîchement ouverte et répondant au nom de MicroPhoto. Comme l’indique son nom, le lieu est petit. On y trouve, pêle-mêle : une imprimante photo du plus bel acabit (permettant de tirer jusqu’à A2+), une table ronde avec deux-trois chaises confortables, un espace pour réaliser les photos d’identité, mais surtout du matériel photo, beaucoup de matériel photo ! De nombreuses marques et de nombreux modèles sont présentés, ceci malgré l’exiguïté des lieux. Tout est à sa place, tout donne envie. Spécialement le matériel Sony, marque qui m’accompagne depuis quelques années, après un assez long passage chez Canon puis Olympus, et quelques incartades avec Hasselblad, Leica ou encore Panasonic.

Sanela m’accueille donc tout sourire. Je suis le premier client de la journée. «Voulez-vous un café ?» me glisse-t-elle. Je lui réponds par l’affirmative. Il sera sauvage, comme je le bois par habitude et par conviction. Conviction que c’est ainsi que l’on savoure vraiment cette boisson âcre.

Sanela et moi, bien que nous nous connaissions depuis de nombreuses années, nous nous voussoyons. Ainsi s’adresse-t-elle à moi d’un poli et distingué «Monsieur Perriard». Peut-être qu’un jour, nous nous tutoierons. Je connais Sanela du temps où elle était gérante de la succursale neuchâteloise de Photovision. Une succursale qui ferma ses portes au mois d’août de l’année passée, nous laissant nous, photographes du coin, quelque peu orphelins. La séparation fut déchirante, les poignées de mains franches et appuyées, les larmes au bord des yeux de chacun,e.

Le café, le second de cette matinée d’été, est fort bon. Je demande un verre d’eau à Sanela, bienvenu dans un magasin qui commence à chauffer.

Mais entrons dans le vif du sujet.

Il y a deux raisons à ma venue. En effet, au programme du jour : achat d’un nouvel objectif et impression de tirages photographiques.

L’objectif, tout d’abord.

Fort d’une passion naissante pour le portrait et ses joies, je souhaite en effet acheter un objectif pour m’accompagner dans cette pratique. Pour l’instant, je «dégrossis» le sujet avec mon objectif macro, objectif tellement «piqué» qu’il fait ressortir tous les détails de peau de mes sujets d’alors. Je cherche donc un objectif plus… flou ! Et au passage avec une ouverture plus grande, appréciant les flous d’arrière-plans, que les initiés appellent «bokeh».

Sanela, de par ses solides compétences et expériences, me conseille alors un 85mm 1.8 de chez Sony. Juste le temps de regarder si le prix entre dans mon budget, et hop, voici ce matériel commandé! Il arrivera dans quelques jours, faisant de moi un futur heureux portraitiste.

Mais soudain la porte d’entrée s’ouvre, laissant apparaître José, autre habitué des lieux. José est architecte de formation et de métier, et photographe passionné d’architecture et de photo de rue. Je l’ai connu au Chauffage compris, un restaurant de la place où nous avons tous deux exposé. Pour lui des photographies d’architecture, pour moi des photographies de plantes. Des clichés noir et blanc, simplement punaisés aux murs, ceci pour des raisons tant esthétiques que financières !

Ainsi l’arrivée de José donne à mon passage chez Microphoto une tournure peu attendue ! Sanela, toujours si accueillante, propose de nous offrir un café, le troisième pour moi ce matin. On s’installe donc les trois autour de la table. La discussion porte notamment sur la photographie et plus précisément sur la photo de rue. L’on parle d’un boîtier en particulier : le Fuji X100 VI, sorti voici quelques mois. C’est un boîtier de belle facture, alliant compacité et qualité photo, le tout pour une somme restant raisonnable. Mais je sens José un peu hésitant, fort d’un parc photo déjà bien fourni.

On parle aussi du dernier reportage de Raymond Depardon, de la bonne marche des affaires ou encore… du résultat du dernier match de Neuchâtel Xamax.

Mais José ayant un rendez-vous professionnel d’agendé en cette fin de matinée, il quitte les lieux, sans oublier une franche accolade en guise d’adieu. Il promet aussi à Sanela de repasser un prochain jour, décidé à acheter ou non le boîtier si convoité !

Mais retournons à ma venue du jour. En effet, je suis également venu visiter Sanela car j’ai une exposition agendée pour le mois de septembre et que je cherche à réaliser des impressions grand format. Ceci sur la fameuse imprimante du magasin.

Le sujet de l’exposition ? Une série sur les… pompes à essence de la région. Un sujet prêtant à sourire mais que j’exécutais avec sérieux. Et passion.

Il s’agit d’abord de choisir le papier. Sanela ayant l’habitude de travailler avec un beau papier satiné, elle me montre alors un tirage réalisé sur ce support, ce qui achève de me convaincre. Quant au format, le choix se porte sur du A2+, la taille maximale proposée par l’imprimante.

Nous faisons un premier tirage, histoire de me rassurer un peu, Sanela sentant que je suis encore un peu nerveux quant au rendu final de mon travail. La machine est relativement silencieuse, le papier avance lentement mais sûrement.

Sanela, au vu de mon sourire retrouvé, comprend que je suis fort satisfait de ce premier tirage. En tout ce sont ainsi 25 photographies qui se trouvent ainsi matérialisées.

Les deux objectifs de ma venue sont donc atteints. Je remercie encore Sanela pour son professionnalisme et son entregent. Je quitte les lieux avec joie, rejoignant ainsi la chaleur du dehors, en cette journée si bien commencée.